X

Hélium

element-chimique-2-helium

CaractĂ©ristiques de l’hĂ©lium

  • Symbole : He
  • Masse atomique : 4,002 602 ± 0,000 002 u1
  • NumĂ©ro CAS : 7440-59-76
  • Configuration Ă©lectronique : 1s2
  • NumĂ©ro atomique : 2
  • Groupe : 18
  • Bloc : Bloc S
  • Famille d’Ă©lĂ©ments : Gaz noble
  • ÉlectronĂ©gativitĂ© :
  • Point de fusion : 0,95 K (26 atm)

Voir les produits associĂ©s a l’hĂ©lium

L’hĂ©lium, Ă©lĂ©ment atomique n°2 de symbole He : ses caractĂ©ristiques, ses isotopes, ses corps simples, ses corps composĂ©s et son histoire.

L’hĂ©lium (He) est un Ă©lĂ©ment chimique portant le numĂ©ro atomique 2 dans le tableau pĂ©riodique. Ce gaz noble possĂšde le point d’ébullition le plus bas parmi tous les Ă©lĂ©ments connus. Il ne peut se solidifier que sous une pression dĂ©passant les 25 atm. En termes d’abondance dans l’Univers, l’hĂ©lium est classĂ© juste derriĂšre l’hydrogĂšne. En effet, le Bureau of Land Management des États-Unis de 2006 estimait qu’il existe 52 milliards de mĂštres cubes de cet Ă©lĂ©ment sur la planĂšte. Une grande partie de cet hĂ©lium provient de la nuclĂ©osynthĂšse primordiale, mais divers autres processus permettent d’en produire (la radioactivitĂ© α par exemple). Cet Ă©lĂ©ment chimique est utilisĂ© dans de nombreux domaines d’activitĂ© tels que l’industrie, l’aĂ©rospatial, le commerce et la mĂ©decine.

Les isotopes de l’hĂ©lium

Cet Ă©lĂ©ment chimique possĂšde huit isotopes, mais deux d’entre eux seulement sont stables, en l’occurrence :

  • l’hĂ©lium 3 (3He) avec deux protons et un neutron ;
  • l’hĂ©lium 4 (4He) avec deux protons et deux neutrons.

Les autres isotopes sont particuliĂšrement instables. D’ailleurs, certains se dĂ©sintĂšgrent juste aprĂšs leur formation.

Sur la Terre, l’hĂ©lium 4 est largement plus abondant que l’hĂ©lium 3. Dans l’atmosphĂšre, il existe un million d’atomes de 4He pour un atome de 3He seulement. L’abondance isotopique de l’hĂ©lium dĂ©pend grandement de son origine et de ses processus de formation. C’est l’une des caractĂ©ristiques qui le distingue de la plupart des Ă©lĂ©ments. L’hĂ©lium 4 se forme notamment par la radioactivitĂ© α d’élĂ©ments lourds. En effet, les particules α qui y sont gĂ©nĂ©rĂ©es forment les noyaux d’hĂ©lium 4 entiĂšrement ionisĂ©s. GrĂące Ă  ses nuclĂ©ons disposĂ©s en couches complĂštes, cet isotope prĂ©sente une grande stabilitĂ©.

Les origines de cet élément

Dans l’Univers, la majoritĂ© de l’hĂ©lium (presque le 1⁄4 de toute la matiĂšre) est produite par la nuclĂ©osynthĂšse primordiale. Cette derniĂšre fait rĂ©fĂ©rence Ă  un Ă©vĂ©nement de synthĂšse de noyaux atomiques qui s’est passĂ© lors de la formation de l’Univers. Le reste de cet Ă©lĂ©ment chimique a Ă©tĂ© ou est formĂ© lors de la nuclĂ©osynthĂšse stellaire (ensemble des rĂ©actions de fusion nuclĂ©aire dans les Ă©toiles).

II existe seulement des traces de 3He sur la Terre. La plupart d’entre elles remontent donc Ă  la pĂ©riode de la formation de notre planĂšte. Certaines ont Ă©tĂ© piĂ©gĂ©es dans la poussiĂšre interstellaire et retombent encore de l’espace jusqu’à notre Ăšre. Il convient cependant de prĂ©ciser qu’une partie de l’hĂ©lium 3 existant est issue de la radioactivitĂ© ÎČ du tritium.

Cet isotope abonde davantage dans les Ă©toiles. MĂȘme s’il est formĂ© au cours de la fusion nuclĂ©aire, les Ă©toiles en relĂąchent seulement une petite quantitĂ©. Cela rĂ©sulte du fait que le 3He est aperçu uniquement dans une chaĂźne intermĂ©diaire conduisant au 4He. Sa quantitĂ© diminue ainsi tout au long de sa production dans les Ă©toiles. D’ailleurs, son rapport isotopique dans le milieu interstellaire est cent fois plus important que sur la Terre.

helium-01

Des traces de 3He (issues du vent solaire) sont Ă©galement visibles dans les matĂ©riaux extraplanĂ©taires tels que le rĂ©golithe de la Lune. En effet, la surface de la Lune en renferme une concentration d’environ 10-8. Pour cette raison, l’idĂ©e d’explorer la Lune Ă©tait venue chez certains chercheurs afin d’extraire l’hĂ©lium 3 du rĂ©golithe. Leur objectif Ă©tait de produire de l’énergie Ă  partir de cet isotope via des rĂ©actions nuclĂ©aires.

Une autre hypothĂšse sur son origine

De l’hĂ©lium riche en 3He se libĂšre de l’intĂ©rieur de la Terre, notamment dans les gaz volcaniques et les laves. Dans ce cas, il serait issu de la formation de notre planĂšte. À l’état gazeux ou dissous dans les minĂ©raux du manteau infĂ©rieur (couche entre la croĂ»te et le noyau terrestre), cet Ă©lĂ©ment serait quasiment dĂ©gazĂ©. Cette hypothĂšse est appuyĂ©e par le fait que l’hĂ©lium est particuliĂšrement volatil. De plus, les tempĂ©ratures Ă  l’intĂ©rieur de la Terre sont extrĂȘmement Ă©levĂ©es.

Dans les conditions du manteau infĂ©rieur, l’hĂ©lium devrait donc prendre la forme d’un minĂ©ral stable. Toutefois, jusqu’à prĂ©sent, aucune Ă©tude ne prouve qu’il en existe. En 2018, un calcul de l’enthalpie libre de nombreux composĂ©s de l’hĂ©lium hypothĂ©tiques (mais probables) a Ă©tĂ© effectuĂ©. À l’issue de cette opĂ©ration, on a prĂ©dit un seul composĂ© d’enthalpie libre et faible, capable de piĂ©ger l’hĂ©lium dans le manteau infĂ©rieur. Il s’agirait du dioxyde de fer et d’hĂ©lium (FeO2He).

Les propriĂ©tĂ©s nuclĂ©aires de l’hĂ©lium

Refroidir le 4He est possible jusqu’à 1 K par Ă©vaporation. En revanche, par le mĂȘme procĂ©dĂ©, le 3He peut ĂȘtre refroidi jusqu’à 0,2 K en raison de son faible point d’ébullition. D’ailleurs, la sĂ©paration des mĂ©langes de 3He et de 4He (Ă  quantitĂ©s Ă©gales) survient sous 0,8 K. Ces deux isotopes deviennent en effet non miscibles, car le premier est un boson et le second un fermion. Chacun suit une statistique quantique propre Ă  lui.

Produire d’autres isotopes de l’hĂ©lium est possible par fusion nuclĂ©aire. Toutefois, leur dĂ©sintĂ©gration est rapide du fait de leur instabilitĂ©. Le 2He (avec 2 protons seulement) possĂšde la demi-vie la plus courte, estimĂ©e Ă  3 x 10−27 s. Par Ă©mission d’un neutron, la dĂ©sintĂ©gration du 5He et du 7He s’effectue respectivement en 7,6 x 10−23 s et en 2,9 x 10−21 s. Par radioactivitĂ© ÎČ, le 6He et le 8He se dĂ©sintĂšgrent respectivement en 0,8 s et en 0,119 s. Les neutrons de ces deux isotopes ont la particularitĂ© de se situer loin du cƓur (halo nuclĂ©aire).

Les propriĂ©tĂ©s chimiques de l’hĂ©lium

L’hĂ©lium est un gaz noble Ă  trĂšs faible rĂ©activitĂ© chimique possĂ©dant une couche de valence complĂšte. Il est le moins rĂ©actif parmi les corps simples, car il est dĂ©pourvu de sous-couches qui peuvent rĂ©agir. MalgrĂ© cela, cet Ă©lĂ©ment chimique est capable de produire des composĂ©s instables. Il peut s’associer avec le fluor, le tungstĂšne, le soufre, l’iode et le phosphore plasma, par dĂ©charge ou un autre processus.

Certains composĂ©s tels que le HeNe, le WHe2 et le HgHe10 ont Ă©tĂ© formĂ©s de cette façon. Il en est de mĂȘme pour les ions molĂ©culaires HeH+, He2+, He2++ et HeD+. Par cette mĂ©thode de dĂ©charge, la molĂ©cule neutre He2 a Ă©tĂ© produite. Celle-ci dispose d’un nombre Ă©levĂ© de systĂšmes de bandes. En thĂ©orie, d’autres composĂ©s comme le fluorohydrure d’hĂ©lium (HHeF) peuvent aussi ĂȘtre formĂ©s. La formation de l’hĂ©liure de lithium (LiHe) Ă  l’état gazeux Ă©tait possible en 2013, par ablation laser Ă  trĂšs basse tempĂ©rature.

Les complexes endoĂ©driques de fullerĂšnes (le He@C60 par exemple) constituent les premiers composĂ©s stables de l’hĂ©lium prouvĂ©s scientifiquement. Ils renferment un atome d’hĂ©lium qui est piĂ©gĂ© dans une cage de fullerĂšne (C60). D’ailleurs, il est possible de produire un composĂ© stable d’hĂ©lium et de sodium (Na2He) Ă  pression extrĂȘmement Ă©levĂ©e (au-delĂ  de 113 GPa). Ce type de molĂ©cule pourrait ĂȘtre prĂ©sent dans les planĂštes Ă  forte pression telles que Saturne et Jupiter.

helium-02

Les propriĂ©tĂ©s biologiques de l’hĂ©lium

Dans des conditions normales, l’hĂ©lium neutre est sans toxicitĂ©. Il n’a aucune propriĂ©tĂ© biologique particuliĂšre. Il est prĂ©sent dans le sang humain, mais seulement Ă  l’état de traces.

L’influence de l’hĂ©lium sur la voix

Lorsqu’une personne inhale de l’hĂ©lium, on constate un changement passager de sa voix (du timbre vers des harmoniques Ă©levĂ©es). En cause, la densitĂ© de cet Ă©lĂ©ment chimique est trois fois infĂ©rieure Ă  celle de l’air. La vitesse du son augmente donc, entraĂźnant une hausse des frĂ©quences de rĂ©sonance de l’appareil phonatoire. Cela modifie ensuite la frĂ©quence fondamentale Ă©mise par les cordes vocales. Il est Ă  noter cependant que l’inhalation d’un gaz plus dense (l’hexafluorure de soufre par exemple) peut provoquer une baisse de timbre.

L’inhalation de l’hĂ©lium

Inhaler un peu d’hĂ©lium pur qui est un gaz inerte ne comporte aucun danger. En revanche, l’usage de l’hĂ©lium commercial n’est pas sans risque. Ce dernier peut, en effet, contenir des contaminants, des aĂ©rosols d’huile lubrifiante et divers autres gaz dangereux.

Une personne s’expose Ă©galement Ă  un danger lorsque :

  • elle inhale de l’hĂ©lium en excĂšs ;
  • elle respire de l’hĂ©lium pur ;
  • elle inhale de l’hĂ©lium Ă  partir de cylindres sous pression.

Dans ce dernier cas, le dĂ©bit Ă©levĂ© de ce gaz est susceptible d’entraĂźner un barotraumatisme. Cette lĂ©sion peut conduire Ă  une dĂ©chirure du tissu pulmonaire qui peut ĂȘtre fatal. Aux États-Unis, ce type d’accident a causĂ© deux dĂ©cĂšs entre 2000 et 2004.

L’inhalation de l’hĂ©liox

En inhalant de l’hĂ©liox (hĂ©lium + dioxygĂšne) Ă  une pression supĂ©rieure Ă  2 MPa, une personne risque d’atteindre un syndrome nerveux des hautes pressions. NĂ©anmoins, il est possible d’éviter ce trouble par adjonction d’une petite quantitĂ© de diazote Ă  ce mĂ©lange. En plongĂ©e subaquatique, il n’est possible d’Ă©viter ce trouble qu’en ajoutant de l’hydrogĂšne Ă  l’hĂ©liox.

L’usage thĂ©rapeutique de l’hĂ©lium

En mĂ©decine, l’hĂ©lium est ajoutĂ© Ă  des mĂ©langes comprenant au moins 20 % de dioxygĂšne. Les mĂ©decins administrent ces mĂ©langes Ă  des patients souffrant d’une obstruction des voies respiratoires supĂ©rieures ou infĂ©rieures. GrĂące Ă  sa faible viscositĂ©, cet Ă©lĂ©ment chimique contribue Ă  rĂ©duire le travail de respiration.

Les mesures de sécurité

Il convient de prendre certaines prĂ©cautions lors du traitement de l’hĂ©lium cryogĂ©nique. Sa tempĂ©rature extrĂȘmement basse expose les personnes Ă  des risques de brĂ»lures par le froid. Entre la phase liquide et la phase gazeuse, le taux de dilatation thermique de cet Ă©lĂ©ment est particuliĂšrement Ă©levĂ©. Cela peut mĂȘme causer des explosions du fait de l’accĂ©lĂ©ration de la vaporisation. Pour Ă©viter ce danger, il est essentiel d’installer un dispositif de limitation de pression. D’ailleurs, les professionnels doivent manipuler avec prĂ©caution les rĂ©servoirs d’hĂ©lium gazeux Ă  5-10 K. Ils doivent prendre les mĂȘmes mesures qu’avec les rĂ©servoirs d’hĂ©lium liquide.

Les diffĂ©rentes formes d’hĂ©lium

Cet élément chimique peut se présenter sous plusieurs différentes formes (corps simple, plasma, gaz, liquide, solide ou superfluide).

Corps simple

L’hĂ©lium est un gaz noble chimiquement inerte, inodore et incolore. Il est souvent sollicitĂ© dans le cadre de l’expĂ©rimentation des thĂ©ories physico-chimiques. Il agit de la mĂȘme maniĂšre qu’un « gaz parfait Â» dans un large panel de pressions et de tempĂ©ratures. Ces deux isotopes, 3He et 4He, ne disposent pas de point triple. Ils sont d’ailleurs les seuls composĂ©s chimiques Ă  avoir cette caractĂ©ristique.

Plasma

L’hĂ©lium Ă  l’état de plasma est prĂ©sent dans l’Univers, hors de la Terre. Ses propriĂ©tĂ©s sont bien diffĂ©rentes de celles de l’hĂ©lium atomique. Ses Ă©lectrons sont sĂ©parĂ©s du noyau, gĂ©nĂ©rant ainsi une importante conductivitĂ© Ă©lectrique, et ce, mĂȘme en cas d’ionisation partielle. De ce fait, les particules chargĂ©es rĂ©agissent sensiblement au champ magnĂ©tique et au champ Ă©lectrique. Dans le vent solaire, l’interaction de l’hĂ©lium et de l’hydrogĂšne ionisĂ©s avec la magnĂ©tosphĂšre terrestre provoque, par exemple, l’apparition des phĂ©nomĂšnes tels que les aurores borĂ©ales ou les courants de Birkeland.

Gaz

L’hĂ©lium gazeux possĂšde la conductivitĂ© thermique la plus Ă©levĂ©e parmi tous les gaz connus (exceptĂ© l’hydrogĂšne). Il constitue un bon isolant Ă©lectrique. Il est le moins hydrosoluble parmi tous les gaz connus. GrĂące Ă  la taille minuscule de ses atomes, il diffuse Ă  travers les solides Ă  une vitesse trois fois supĂ©rieure Ă  celle de l’air. Sa capacitĂ© thermique spĂ©cifique est particuliĂšrement Ă©levĂ©e.

Ce gaz noble dispose d’un coefficient de Joule-Thomson nĂ©gatif Ă  tempĂ©rature ambiante. En effet, sa tempĂ©rature augmente lors de sa libre dĂ©tente. Sa tempĂ©rature d’inversion de Joule-Thomson se situe approximativement Ă  40 K (-233,15 °C Ă  la pression de 1 atm). Lorsque l’hĂ©lium gazeux est refroidi en deçà de cette tempĂ©rature, il peut devenir liquide.

Solide

La solidification de l’hĂ©lium n’est possible que sous l’effet de fortes pressions. L’hĂ©lium solide est invisible, incolore et fortement compressible. Dans un laboratoire, il est possible de compresser son volume jusqu’à plus 30 %. Il possĂšde un module d’élasticitĂ© cubique d’environ 5 × 107 Pa. Ainsi, sa compressibilitĂ© est cinquante fois plus Ă©levĂ©e que celle de l’eau.

Contrairement Ă  d’autres Ă©lĂ©ments, l’hĂ©lium conserve son Ă©tat liquide dans des conditions normales de pression. Jusqu’au zĂ©ro absolu, il ne change pas. En outre, l’hĂ©lium solide requiert une pression d’au moins 26 atm. D’ailleurs, l’hĂ©lium liquide et l’hĂ©lium solide sont difficiles Ă  distinguer. Ils ont des indices de rĂ©fraction presque identiques. NĂ©anmoins, l’hĂ©lium solide est reconnaissable par sa chaleur latente Ă©levĂ©e et sa structure cristalline hexagonale.

Liquide

Lorsque le point d’ébullition est infĂ©rieur Ă  4,22 K et que le point lambda est supĂ©rieur Ă  2,176 8 K, l’hĂ©lium 4 prend la forme d’un liquide normal et transparent. Ce liquide cryogĂ©nique est connu sous le nom de l’hĂ©lium I. Lorsqu’il est chauffĂ©, il bout. Lorsque la tempĂ©rature diminue, il se contracte. L’hĂ©lium I affiche un indice de rĂ©fraction proche de celui des gaz qui est Ă  1,026. Sa surface n’est pas facile Ă  voir. C’est pourquoi les professionnels y mettent des flotteurs de mousse de polystyrĂšne qui permettent de surveiller rapidement son niveau.

La viscositĂ© de ce liquide incolore est extrĂȘmement faible. Sa densitĂ© se situe Ă  0,125 = 1/8. C’est seulement un quart de la valeur indiquĂ©e par la physique classique. Il est Ă  noter que l’hĂ©lium conserve son Ă©tat liquide jusqu’au zĂ©ro absolu et Ă  des pressions en dessous de 25 atm. Cette caractĂ©ristique le distingue des autres Ă©lĂ©ments chimiques. Le niveau d’énergie trop Ă©levĂ© de ses atomes dans l’état fondamental empĂȘche sa solidification.

Superfluide

En dessous du point lambda, l’hĂ©lium liquide se transforme en superfluide, appelĂ© « hĂ©lium II Â». Cela est dĂ» Ă  la dilatation de cet Ă©lĂ©ment chimique. Au cours de la baisse de la tempĂ©rature, l’hĂ©lium II poursuit sa dilatation. À une tempĂ©rature Ă©gale ou infĂ©rieure Ă  1 K, il commence Ă  se contracter.

L’écoulement de ce superfluide Ă  travers des capillaires entre 10-7 et 10-8 m est possible, mais la viscositĂ© n’est pas mesurable. Toutefois, lorsque les chercheurs mesurent la viscositĂ© entre deux disques qui tournent l’un par rapport Ă  l’autre, ils distinguent une viscositĂ© similaire Ă  celle de l’hĂ©lium gazeux. Ce fait peut thĂ©oriquement ĂȘtre expliquĂ© en employant un « modĂšle Ă  deux fluides Â» de LĂĄszlĂł Tisza pour l’hĂ©lium II.

helium-03

L’hĂ©lium II et sa grande conductivitĂ© thermique

L’hĂ©lium II prĂ©sente une conductivitĂ© thermique plus Ă©levĂ©e que celle de tous les corps connus. Ainsi, ce superfluide ne bout pas. Le transfert de tout apport de chaleur Ă  la surface est vraiment rapide, entraĂźnant seulement l’évaporation en gaz. Il est Ă  noter que cette conductivitĂ© est un million de fois supĂ©rieure Ă  celle de l’hĂ©lium liquide. Cette caractĂ©ristique est liĂ©e au fait que la conduction de la chaleur s’effectue par un mĂ©canisme quantique exceptionnel.

Il convient de prĂ©ciser que la majoritĂ© des matĂ©riaux jugĂ©s comme bons conducteurs thermiques disposent d’une bande de valence d’électrons libres. Ces derniers assurent la conduction de la chaleur. Pour l’hĂ©lium II, ce type de bande n’existe pas. Cependant, il constitue un bon conducteur de la chaleur. En pratique, dans cet hĂ©lium superfluide, le flux de chaleur se dĂ©place Ă  20 m s−1 Ă  1,8 K. Les Ă©quations auxquelles il obĂ©it sont comparables aux Ă©quations d’onde de la propagation du son dans l’air.

L’hĂ©lium II et sa capacitĂ© de ramper

L’hĂ©lium II est tellement diffĂ©rent des liquides ordinaires. En effet, il peut ramper sur des surfaces. Il est mĂȘme capable de contrer la gravitĂ©. Il peut s’échapper d’un contenant ouvert en rampant sur les cĂŽtĂ©s. Cependant, l’hĂ©lium II s’évapore lorsqu’il passe par un endroit moins froid. Sur tous les types de surface, il est capable de se dĂ©placer en un film d’environ 30 nm (film de Rollin). À cause de la capacitĂ© de l’hĂ©lium II Ă  s’échapper rapidement Ă  travers de petites ouvertures, l’hĂ©lium liquide n’est pas facile Ă  confiner. Le rĂ©cipient doit ainsi ĂȘtre construit de maniĂšre Ă  empĂȘcher l’hĂ©lium II de traverser les vannes ou de s’évaporer dans les endroits plus chauds.

L’abondance naturelle de l’hĂ©lium

Dans tout l’Univers, l’hĂ©lium est classĂ© au deuxiĂšme rang en termes d’abondance. Il reprĂ©sente 23 % de la masse baryonique. La plupart de cet Ă©lĂ©ment a Ă©tĂ© formĂ© par la nuclĂ©osynthĂšse primordiale suite au Big Bang. Pour cette raison, la mesure de son abondance est incluse dans le mode de calcul de certains paramĂštres des modĂšles cosmologiques.

L’hĂ©lium est en faible concentration dans l’atmosphĂšre terrestre (5,2 x 10−6 en volume). La production continue de cet Ă©lĂ©ment dans les roches et sa fuite vers l’espace sont bien Ă©quilibrĂ©es. Cela permet de garder presque constante cette concentration basse. En revanche, ce gaz noble est particuliĂšrement abondant dans l’hĂ©tĂ©rosphĂšre terrestre.

La majoritĂ© de l’hĂ©lium sur la Terre a Ă©tĂ© formĂ©e par radioactivitĂ© α (rayonnement provoquĂ© par la dĂ©sintĂ©gration α). Cet Ă©lĂ©ment est surtout prĂ©sent dans les composĂ©s d’uranium et de thorium, en l’occurrence la monazite, la pechblende et la carnotite. Les particules α Ă©mis par ces composĂ©s constituent les noyaux d’hĂ©lium ionisĂ© He2+. Elles s’éliminent tout de suite avec des Ă©lectrons.

Dans la lithosphĂšre, la quantitĂ© de l’hĂ©lium produit annuellement s’établit Ă  3 000 t. Sa concentration en volume est estimĂ©e Ă  8 x 10−6 dans la croĂ»te terrestre. Elle s’établit Ă  seulement 4 x 10−12 dans l’eau de mer. Cet Ă©lĂ©ment est Ă©galement prĂ©sent en faibles quantitĂ©s dans les eaux minĂ©rales, le fer mĂ©tĂ©orique et les gaz volcaniques.

Tout comme le gaz naturel, l’hĂ©lium est emprisonnĂ© par les couches de roches impermĂ©ables. C’est pourquoi il est disponible en grandes concentrations dans les gisements de gaz naturel. Ainsi, l’hĂ©lium proposĂ© en vente y provient en grande partie.

La concentration en volume de l’hĂ©lium et celle du gaz naturel sont diffĂ©rentes de seulement quelques parties par million. Une concentration de 7 % est dĂ©couverte dans le comtĂ© de San Juan, au Nouveau-Mexique.

helium-04

L’extraction et la purification de l’hĂ©lium

Pour des usages industriels, l’extraction de l’hĂ©lium est effectuĂ©e par distillation fractionnĂ©e du gaz naturel. Ce dernier peut en renfermer 7 % au maximum. Du fait du point d’ébullition bas de l’hĂ©lium, les autres gaz tels que le mĂ©thane et le diazote doivent ĂȘtre soumis Ă  une haute pression et Ă  une basse tempĂ©rature pour liquĂ©fier.

Par exposition Ă  des tempĂ©ratures qui baissent de plus en plus, l’hĂ©lium brut extrait est purifiĂ©. En effet, les autres gaz sont pratiquement Ă©vacuĂ©s. Enfin, du charbon actif est utilisĂ© lors de la phase finale de la purification. On obtient ainsi de l’hĂ©lium Ă  99,995 % pur.

Le nĂ©on constitue la principale impuretĂ© de l’hĂ©lium de qualitĂ© A. Afin de complĂ©ter la purification, l’hĂ©lium produit est majoritairement liquĂ©fiĂ©. Dans ce cas, le processus utilisĂ© est la cryogĂ©nie.

Pour les applications qui nĂ©cessitent de l’hĂ©lium liquide, la liquĂ©faction est de mise. D’ailleurs, ce procĂ©dĂ© rĂ©duit le coĂ»t de transport Ă  la charge des fournisseurs d’hĂ©lium. Les rĂ©servoirs d’hĂ©lium liquide sont cinq fois plus grands que les remorques qui transportent des cylindres d’hĂ©lium gazeux sous pression.

En 2005, prĂšs de 160 millions de mĂštres cubes d’hĂ©lium Ă©taient extraits du gaz naturel ou exploitĂ©s dans des rĂ©serves. Ces opĂ©rations d’extraction se passaient aux États-Unis (83 %), en AlgĂ©rie (11 %), en Russie et en Pologne. Sur le territoire amĂ©ricain, la majoritĂ© de l’hĂ©lium Ă©tait extraite du gaz naturel Hugoton et de gisements situĂ©s au Texas, au Kansas et en Oklahoma.

L’hĂ©lium peut Ă©galement ĂȘtre extrait et purifiĂ© en diffusant le gaz naturel brut Ă  travers des membranes semi-permĂ©ables et d’autres barriĂšres. D’ailleurs, il est possible de le synthĂ©tiser en bombardant du bore ou du lithium Ă  l’aide des protons hautement chargĂ©s en Ă©nergie. Cependant, cette mĂ©thode reste peu avantageuse en termes de coĂ»t.

Les diverses utilisations de l’hĂ©lium

MalgrĂ© son prix Ă©levĂ©, l’hĂ©lium est particuliĂšrement sollicitĂ© dans divers domaines d’activitĂ©. Cela s’explique par le fait que cet Ă©lĂ©ment possĂšde des propriĂ©tĂ©s uniques telles que sa faible densitĂ©, son point d’ébullition bas, sa grande conductivitĂ© thermique, sa faible solubilitĂ© et son caractĂšre chimiquement inerte.

Les diffĂ©rentes formes de l’hĂ©lium dans le commerce

L’hĂ©lium est vendu sous forme liquide et gazeuse sur le marchĂ©. On peut notamment trouver :

  • de petits rĂ©servoirs (dewars) d’une capacitĂ© de 1 000 l d’hĂ©lium liquide.
  • de grands rĂ©servoirs ISO d’une capacitĂ© maximale de 40 000 l.

En revanche, l’hĂ©lium gazeux est fourni en petite quantitĂ© dans des cylindres Ă  haute pression d’une contenance maximale de 8,5 m3 standards. Il est Ă©galement disponible en grande quantitĂ©. Dans ce cas, des camions-citernes sous pression d’une capacitĂ© jusqu’à 5 000 m3 standards sont mobilisĂ©s pour le livrer.

Les usages industriels

Dans certains rĂ©acteurs nuclĂ©aires refroidis au gaz, l’hĂ©lium joue le rĂŽle de fluide de transfert de chaleur. Il y est plĂ©biscitĂ© pour sa haute conductivitĂ© thermique, son caractĂšre inerte et sa transparence aux neutrons. De plus, il ne produit aucun isotope radioactif dans les rĂ©acteurs.

En raison de son caractĂšre inerte, l’hĂ©lium fait office d’atmosphĂšre protectrice dans les situations suivantes :

  • pour produire du zirconium et du titane ;
  • pour dĂ©velopper le silicium monocristallin qui sert Ă  fabriquer des fibres optiques et des circuits intĂ©grĂ©s ;
  • en chromatographie en phase gazeuse.

Il est Ă©galement utilisĂ© dans les souffleries supersoniques, parce qu’en plus d’ĂȘtre chimiquement inerte, il dispose d’une vitesse de son Ă©levĂ©e. De plus, il possĂšde un important coefficient de Laplace, ainsi que des propriĂ©tĂ©s thermodynamiques et calorifiques idĂ©ales, qui sont essentiels dans ce domaine. Ces mĂȘmes atouts font aussi de lui un Ă©lĂ©ment indispensable pour les installations d’étude de phĂ©nomĂšnes transitoires.

Par ailleurs, l’hĂ©lium est ajoutĂ© dans des disques durs scellĂ©s afin de booster leur capacitĂ©. Ces disques sont dotĂ©s d’un outil de dĂ©tection d’éventuelles pertes d’hĂ©lium dangereuses. Il est Ă  noter qu’aucune Ă©tanchĂ©itĂ© n’est irrĂ©prochable.

Pour la rĂ©frigĂ©ration thermoacoustique, l’hĂ©lium est mĂ©langĂ© avec un gaz plus lourd tel que le xĂ©non. En effet, il est privilĂ©giĂ© en raison de son faible nombre de Prandtl et son grand rapport des capacitĂ©s thermiques. De plus, son inertie chimique prĂ©sente des avantages environnementaux non nĂ©gligeables. Contrairement Ă  cela, les autres systĂšmes de rĂ©frigĂ©ration favorisent le rĂ©chauffement climatique ou le trou d’ozone.

L’hĂ©lium est employĂ© comme un dĂ©tecteur de fuites dans les rĂ©servoirs Ă  haute pression et les Ă©quipements Ă  ultravide. Outre cela, il constitue un additif alimentaire autorisĂ© par l’Union europĂ©enne sous la rĂ©fĂ©rence E939. Dans cet usage, il permet de vĂ©rifier l’étanchĂ©itĂ© de l’emballage des produits alimentaires.

Les usages scientifiques

L’usage de l’hĂ©lium fait baisser les effets de distorsion causĂ©s par les variations de tempĂ©rature dans l’espace entre les lentilles de certains tĂ©lescopes. Il est possible grĂące Ă  l’indice de rĂ©fraction extrĂȘmement bas de cet Ă©lĂ©ment chimique. Ce procĂ©dĂ© est surtout employĂ© pour les tĂ©lescopes solaires qui subissent de grandes variations de tempĂ©rature.

L’hĂ©lium liquide sert Ă©galement Ă  refroidir certains mĂ©taux aux tempĂ©ratures trĂšs basses sollicitĂ©es pour la supraconductivitĂ©. C’est notamment le cas des aimants supraconducteurs employĂ©s dans les appareils d’IRM (Imagerie par rĂ©sonance magnĂ©tique). Le Grand collisionneur de hadrons au CERN se sert Ă©galement de 120 t d’hĂ©lium sous forme liquide afin de conserver la tempĂ©rature des aimants Ă  1,9 K.

De façon globale, le domaine de la cryogĂ©nie utilise grandement cet Ă©lĂ©ment chimique. Toujours dans les domaines scientifiques, ces derniers dĂ©terminent l’ñge des roches et des minĂ©raux contenant du thorium et de l’uranium en Ă©valuant leur contenu en hĂ©lium. Cette mĂ©thode est connue sous le nom de « datation Ă  l’hĂ©lium Â».

Les usages commerciaux

Certains mĂ©langes d’hĂ©lium (hĂ©liox, hĂ©liair, trimix
) sont utilisĂ©s pour la plongĂ©e profonde. Le but est de limiter les impacts de la narcose Ă  l’azote. Ces composĂ©s ont, en effet, une faible solubilitĂ© dans le tissu nerveux. D’ailleurs, un peu d’hydrogĂšne peut ĂȘtre ajoutĂ© au mĂ©lange hĂ©lium-dioxygĂšne afin de contrebalancer le syndrome nerveux de hautes pressions. Cela se passe dans des profondeurs au-delĂ  de 150 m oĂč l’hĂ©lium Ă  faible densitĂ© rĂ©duit significativement le travail de respiration. Il convient Ă©galement de citer les lasers He-Ne qui ont de nombreux usages, notamment sur les lecteurs de code-barres.

Les dirigeables et ballons Ă  l’hĂ©lium

GrĂące Ă  son incombustibilitĂ© et Ă  sa faible densitĂ©, l’hĂ©lium est parfait pour gonfler des dirigeables (un dirigeable publicitaire par exemple). En raison de sa lĂ©gĂšretĂ©, des professionnels l’emploient pour faire flotter des dirigeables et des ballons libres ou captifs. D’ailleurs, l’hĂ©lium est incombustible, voire ignifuge. Ainsi, on le prĂ©fĂšre Ă  l’hydrogĂšne bien que celui-ci possĂšde une force portante Ă  7 % plus Ă©levĂ©e. Il est Ă©galement Ă  prĂ©ciser que les ballons-sondes utilisĂ©s en mĂ©tĂ©orologie sont gonflĂ©s Ă  l’hĂ©lium. Ces Ă©quipements servent Ă  explorer l’atmosphĂšre.

La technique des fusées

L’usage de l’hĂ©lium s’étend au domaine de la technique des fusĂ©es. Il constitue un milieu de dĂ©placement afin de contrĂŽler, via pressurisation, le comburant et le combustible dans les rĂ©servoirs en microgravitĂ©. Cela permet aussi de garantir le mĂ©lange d’hydrogĂšne et de dioxygĂšne qui sert Ă  alimenter les tuyĂšres de propulsion. Lorsque la fusĂ©e est encore au sol, l’hĂ©lium est utilisĂ© pour purger ces substances avant son lancement. Il sert Ă©galement Ă  prĂ©-refroidir l’hydrogĂšne liquide des vĂ©hicules spatiaux. À titre d’exemple, lors de son dĂ©collage, la fusĂ©e Saturn V affichait une consommation d’environ 370 000 m3 d’hĂ©lium.

L’histoire de l’hĂ©lium

Au fil des annĂ©es, cet Ă©lĂ©ment chimique a Ă©tĂ© l’objet de la recherche de nombreux scientifiques.

La découverte de cet élément chimique

L’hĂ©lium a Ă©tĂ© dĂ©couvert par l’astronome français Jules Janssen lors d’une Ă©clipse totale Ă  Guntur, en Inde, le 18 aoĂ»t 1868. Il avait observĂ© une raie jaune Ă©tincelante Ă  une longueur d’onde de 587,49 nm dans le spectre de la chromosphĂšre du Soleil. À cette Ă©poque, il ne savait pas encore que c’était de l’hĂ©lium.

Le 20 octobre 1868, l’astronome anglais Norman Lockyer avait aussi aperçu une raie jaune dans le spectre solaire. Il l’avait baptisĂ©e « raie de Fraunhofer D3 Â» du fait de sa grande ressemblance aux fameuses raies D1 et D2 du sodium. Cette raie serait issue d’un Ă©lĂ©ment du Soleil inconnu sur la Terre.

helium-05

Avec le chimiste anglais Edward Frankland, Lockyer l’avait nommĂ©e « áŒ„λÎčÎżÏ‚ Â» ou « hĂ©lios Â» qui signifie « Soleil Â». En 1882, Luigi Palmieri avait dĂ©montrĂ© pour la premiĂšre fois la prĂ©sence de l’hĂ©lium sur la Terre. Pour y arriver, ce volcanologue et mĂ©tĂ©orologue italien avait rĂ©alisĂ© l’analyse spectrale de la lave du VĂ©suve.

Les autres scientifiques qui avaient dĂ©couvert l’hĂ©lium

Le 26 mars 1895, le chimiste anglais William Ramsay avait procĂ©dĂ© Ă  l’isolation de l’hĂ©lium sur la Terre. Il avait traitĂ© la clĂ©vĂ©ite avec des acides minĂ©raux. La clĂ©vĂ©ite est, par dĂ©finition, une sorte de pechblende qui renferme au moins 10 % de terres rares. Lors de sa recherche, Ramsay visait initialement Ă  trouver de l’argon. Le diazote et le dioxygĂšne Ă©taient sĂ©parĂ©s du gaz sous l’influence de l’acide sulfurique. AprĂšs cette Ă©tape, le chercheur avait constatĂ© au spectroscope une raie jaune brillante ressemblant Ă  la raie D3 qui avait Ă©tĂ© observĂ©e dans le spectre solaire. L’astronome Lockyer et le physicien anglais William Crookes avaient reconnu ces Ă©chantillons comme de l’hĂ©lium.

En 1895, les chimistes Abraham Langlet et Theodor Cleve Ă  Uppsala avaient Ă©galement isolĂ© l’hĂ©lium de clĂ©vĂ©ite. Ils avaient accumulĂ© des quantitĂ©s suffisantes de gaz, leur permettant d’ĂȘtre plus prĂ©cis sur la masse atomique de l’élĂ©ment. Par ailleurs, quelques annĂ©es avant que Ramsay avait dĂ©couvert l’hĂ©lium, le gĂ©ochimiste amĂ©ricain William Francis Hillebrand avait dĂ©jĂ  dĂ©tectĂ© cet Ă©lĂ©ment chimique. Il disait avoir remarquĂ© des raies spectrales exceptionnelles au cours de l’analyse d’un Ă©chantillon d’uraninite. Il les avait confondues avec des raies du diazote.

Les premiĂšres expĂ©riences sur l’hĂ©lium

En 1907, Thomas Royds et Ernest Rutherford avaient dĂ©couvert que les noyaux d’hĂ©lium sont constituĂ©s de particules α. Ils avaient permis Ă  ces particules de passer par une fine fenĂȘtre vitrĂ©e d’un tube vidĂ©. Ils avaient gĂ©nĂ©rĂ© une dĂ©charge dans ce tube, en vue d’analyser le spectre du gaz qui s’y trouvait.

En 1908, on avait liquĂ©fiĂ© pour la premiĂšre fois l’hĂ©lium. Cette opĂ©ration Ă©tait rĂ©alisĂ©e par le physicien nĂ©erlandais Heike Kamerlingh Onnes. Ce dernier avait soumis ce gaz Ă  une tempĂ©rature infĂ©rieure Ă  1 K. À cette Ă©poque, ce chercheur avait Ă©galement essayĂ© de solidifier l’hĂ©lium sous une tempĂ©rature encore plus basse. Cependant, il avait Ă©chouĂ© dans cette expĂ©rience, car cet Ă©lĂ©ment est dĂ©pourvu de point triple. C’était l’étudiant en physique Willem Hendrik Keesom qui avait rĂ©ussi en 1926 la solidification de l’hĂ©lium en le mettant sous pression.

En 1938, Pyotr Leonidovitch Kapitsa, physicien soviĂ©tique, avait dĂ©couvert que la viscositĂ© de l’hĂ©lium 4 (sous une tempĂ©rature proche du zĂ©ro absolu) ne peut pas ĂȘtre mesurĂ©e. En 1972, les physiciens amĂ©ricains Douglas D. Osheroff, Robert C. Richardson et David M. Lee avaient constatĂ© ce mĂȘme phĂ©nomĂšne dans l’hĂ©lium 3. Cette fois-ci, l’élĂ©ment Ă©tait soumis Ă  une tempĂ©rature qui se rapprochait plus du zĂ©ro absolu. Selon ces chercheurs, la rĂ©action dans l’hĂ©lium 3 Ă©tait due Ă  la formation de paires d’atomes. Ces derniers seraient des fermions qui permettent de produire des bosons. Ils agissent de la mĂȘme façon que les paires de Cooper d’électrons sur lesquelles est basĂ©e la supraconductivitĂ© (absence de rĂ©sistance Ă©lectrique et expulsion du champ magnĂ©tique).

Les usages de cet élément à travers le temps

L’hĂ©lium Ă©tait fortement sollicitĂ© durant les pĂ©riodes de guerre. De petites quantitĂ©s Ă©taient nĂ©anmoins allouĂ©es Ă  des utilisations civiles et commerciales.

Pendant la PremiĂšre Guerre mondiale

La marine des États-Unis avait financĂ© trois petites usines expĂ©rimentales de production d’hĂ©lium. Ce programme visait Ă  fournir ce gaz inflammable et lĂ©ger aux ballons captifs de barrage. Il avait permis de produire jusqu’à 5 700 m3 d’hĂ©lium pur Ă  92 %. Cette production Ă©tait utilisĂ©e en partie pour alimenter le C-7 de la marine amĂ©ricaine, premier dirigeable gonflĂ© dans le monde. Le 1er dĂ©cembre 1921, ce dirigeable Ă  l’hĂ©lium rĂ©alisait son premier voyage de Hampton Roads Ă  Washington, en Virginie. À l’époque, on ne recourait pas encore Ă  l’extraction par liquĂ©faction du gaz Ă  basse tempĂ©rature. Cela n’avait pas empĂȘchĂ© les États-Unis de poursuivre la production de l’hĂ©lium.

Entre les deux guerres

En 1925, le gouvernement amĂ©ricain avait créé une rĂ©serve nationale d’hĂ©lium, situĂ©e Ă  Amarillo, au Texas. Son objectif Ă©tait d’approvisionner les aĂ©rostats militaires et civils. Lorsque l’Allemagne avait subi l’embargo militaire mis en place par les États-Unis en 1937, ce pays avait connu un problĂšme de fourniture d’hĂ©lium. Il Ă©tait ainsi contraint de gonfler Ă  l’hydrogĂšne le LZ 129 Hindenburg, le plus grand dirigeable commercial au monde. Cette dĂ©cision avait cependant causĂ© un terrible accident lors de l’atterrissage de ce dirigeable Ă  Lakehurst, dans le New Jersey.

Pendant la Seconde Guerre mondiale

Ce gaz noble servait essentiellement Ă  gonfler les aĂ©rostats. GrĂące Ă  ce nouvel usage, la demande avait significativement augmentĂ© durant la Seconde Guerre mondiale. De mĂȘme, le recours au spectromĂštre de masse Ă  l’hĂ©lium Ă©tait crucial pour le projet de recherche sur la production de la premiĂšre bombe atomique. Le spectromĂštre de masse est une technique de dĂ©tection de fuite Ă  trĂšs haute sensibilitĂ©.

Il est Ă  noter que le taux de puretĂ© de l’hĂ©lium produit Ă  cette Ă©poque s’établissait Ă  environ 98,3 % (avec moins de 2 % de diazote). Ce pourcentage est essentiel pour le bon fonctionnement des aĂ©rostats. En 1945, une petite production d’hĂ©lium pur Ă  99,9 % Ă©tait employĂ©e dans le domaine de la soudure Ă  l’arc. À partir de 1949, ce gaz purifiĂ© Ă  99,995 % (de qualitĂ© A) Ă©tait disponible pour des usages commerciaux.

Dans les années 50

AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, une baisse de la consommation d’hĂ©lium Ă©tait observĂ©e. Toutefois, la rĂ©serve avait augmentĂ© dans les annĂ©es 50. Celle-ci servait surtout Ă  approvisionner en hĂ©lium liquide pour lancer des fusĂ©es durant la guerre froide et la course Ă  l’espace. En 1965, la consommation d’hĂ©lium des États-Unis Ă©tait huit fois plus Ă©levĂ©e que celle enregistrĂ©e pendant les guerres.

Les contraintes dans la production de l’hĂ©lium

Suite aux amendements sur les lois de l’hĂ©lium de 1960, le Bureau des mines des États-Unis avait installĂ© cinq usines privĂ©es pour extraire cet Ă©lĂ©ment chimique du gaz naturel. Ainsi, cet organisme avait Ă©rigĂ© un immense gazoduc qui s’étend sur 684 km entre Bushton, au Kansas, et Cliffside, au Texas. On y transportait, injectait et stockait le mĂ©lange hĂ©lium-diazote. L’extraction et la purification Ă©taient effectuĂ©es lorsqu’on en avait besoin.

En 1995, la rĂ©serve avait pu accueillir un milliard de mĂštres cubes de gaz. En mĂȘme temps, elle avait malheureusement accumulĂ© des dettes de 1,4 milliard de dollars US. De ce fait, le CongrĂšs des États-Unis avait ordonnĂ© l’arrĂȘt de l’activitĂ© en 1996. Selon la loi de Privatisation de l’hĂ©lium de 1996, le DĂ©partement de l’IntĂ©rieur des États-Unis a commencĂ© Ă  vider la rĂ©serve Ă  partir de 2005.

La production de l’hĂ©lium aux États-Unis

Lors d’un forage pĂ©trolier Ă  Dexter, au Kansas, en 1903, les techniciens avaient observĂ© un jet de gaz incombustible. Le gĂ©ologue amĂ©ricain Erasmus Haworth y avait recueilli des Ă©chantillons du gaz produit. Il les avait emmenĂ©es Ă  l’universitĂ© du Kansas, Lawrence. Avec l’aide des chimistes David McFarland et Hamilton Cady, Haworth avait dĂ©terminĂ© que ce gaz Ă©tait constituĂ© Ă  72 % de diazote, Ă  15 % de mĂ©thane et Ă  12 % de gaz non identifiable. GrĂące Ă  une Ă©tude plus approfondie, ces chercheurs ont su que 1,8 % de l’échantillon de gaz non identifiĂ© Ă©tait de l’hĂ©lium.

En effet, malgrĂ© la raretĂ© globale de cet Ă©lĂ©ment sur la Terre, on en trouve en grande concentration sous les Grandes Plaines des États-Unis. D’ailleurs, l’hĂ©lium y constitue un sous-produit du gaz naturel. Il est Ă  noter que le gisement de Hugoton possĂšde les plus importantes rĂ©serves d’hĂ©lium. Il convient Ă©galement de citer les gisements du Kansas, ainsi que les prolongements dans les États du Texas et de l’Oklahoma. Tous ces gisements ont permis aux États-Unis d’avoir le statut de premier producteur d’hĂ©lium dans le monde.

Les autres sites de production d’hĂ©lium

Dans la moitiĂ© des annĂ©es 1990, l’AlgĂ©rie a commencĂ© Ă  produire de l’hĂ©lium dans une usine situĂ©e Ă  Arzew. La production annuelle de ce pays s’Ă©levait en moyenne Ă  1,7 x 107 m3. Cette quantitĂ© Ă©tait suffisante pour satisfaire la demande de l’Europe. Celle-ci reprĂ©sentait 16 % de la production mondiale. En revanche, la demande des États-Unis Ă©tait supĂ©rieure Ă  15 000 t en 2000. Entre 2004 et 2006, deux usines supplĂ©mentaires ont Ă©tĂ© construites dans la ville qatarie de Ras Laffan et dans la ville algĂ©rienne de Skikda. Cette usine qatarie produisait 9,2 t d’hĂ©lium liquide par jour (1,88 × 107 m3 par an).

L’AlgĂ©rie Ă©tait qualifiĂ©e comme le deuxiĂšme producteur d’hĂ©lium Ă  cette Ă©poque. En raison de la hausse des coĂ»ts de production, les prix de l’hĂ©lium avaient fortement grimpĂ© entre 2002 et 2007. En 2008, les principaux distributeurs avaient appliquĂ© une augmentation de prix d’environ 50 % sur seulement un an. Peu d’investisseurs voulaient se lancer dans la production d’hĂ©lium.

En 2010, le physicien amĂ©ricain Robert Richardson avait affirmĂ© sa crainte sur le risque de pĂ©nurie d’hĂ©lium. Il avait interpellĂ© la communautĂ© internationale. Il se montrait favorable Ă  l’augmentation des prix de cet Ă©lĂ©ment rare. Selon lui, il Ă©tait important d’éviter le gaspillage de cette ressource rare.

En octobre 2019, 45-8 Energy, sociĂ©tĂ© par actions simplifiĂ©e, a dĂ©posĂ© Ă  la prĂ©fecture de Metz un permis exclusif de recherches de mines d’hĂ©lium dans le sud-ouest de la NiĂšvre, en France. Cette entreprise est autorisĂ©e Ă  rĂ©aliser cette activitĂ© depuis le 3 juin 2021. C’est la premiĂšre sociĂ©tĂ© consacrĂ©e Ă  l’exploration et Ă  la production Ă©co-responsable d’hĂ©lium en Europe. Son siĂšge social est basĂ© Ă  Metz, en Moselle.

D’ici Ă  2025, la Tanzanie commencera aussi sa production d’hĂ©lium si les Ă©tudes prĂ©liminaires se dĂ©roulent bien. Ce pays possĂšderait approximativement 138 milliards de pieds cubes, soit les plus grandes rĂ©serves du monde.


Retour en haut de la page

Recherche de produits

Le produit a été ajouté à votre panier